19 décembre 2012

Chapitre en Espagne. Version française.


-->

Chapitre 1

Il faut avoir un personnage: le vieux sage, mage et herboriste qui proposent une mission aux jeunes, celle de trouver les ingrédients nécessaires à l’élaboration de la potion.
Ce vieillard portait un chapeau vert, qui, en le posant sur la tête du jeune Arthur, tout en prenant les mains d’Anton, leur permettait de voyager dans le premier pays où ils devaient trouver le premier ingrédient (salive de caméléon), ce pays est l’Espagne. Là-bas, ils retrouveront leurs amies, Maria et Anna, qui se joindront à eux pour la suite de l’aventure.
Le vieux sage les a prévenus aussi qu’ils ne pourront pas sortir du pays avant qu’ils ne trouvent l’ingrédient et qu’ils le mettent dans un coffre spécial, qu’ils découvriront plus tard. Une fois cette étape réalisée, ils trouveront la manière de voyager dans le pays suivant pour prendre le deuxième ingrédient, sinon, ils resteront bloqués et seront atteints par la même maladie qui affecte l’Europe.

Chapitre 2

Le voyage fut compliqué. Les enfants sentirent un intense vertige et une secousse mentale qui dura plus que quelques secondes.
Mais ils avaient une mission et étaient disposés à la mener à bien même si ils étaient sujets à affronter de nombreux dangers.


En ouvrant les yeux, ils se trouvèrent devant le portail de la maison dont Maria leur avait parlé et Arthur était déjà en train de sonner. Avant de pouvoir réagir et de se rendre compte de ce qu’il faisait, une femme avait déjà ouvert:

  •  Que veux-tu mon petit? lui demanda-t-elle.
  •  Et bien…
  • Que vous arrive-t-il? Vous voulez entrer et visiter la maison? Ce n’est plus l’heure pour les visites, c’est terminé, mais si vous voulez je peux vous laisser passer. Cette vieille maison se nourrit de jeunes enfants comme vous, pour entretenir la mémoire de son vieux propriétaire.
  • Est-ce qu’une fille qui s’appelle Maria vit ici?
  • Non, elle n’est pas là mais je suis sa mère. Vous êtes ses amis de Briére ?
  • Oui, nous sommes venus chercher Maria et Anna.
  • D’accord, je suis la mère de Maria mais elle n’est pas là. Cette maison est la maison où est né notre poète le plus connu.
  • Ah ou! Quel était le nom de son propriétaire? Nous l’avons oublié…
  • Ah, ces étudiants…! Rafael! Rafael Alberti, poète de la Génération de 27! Il est né dans cette ville, et, comme vous, il n’aimait pas aller au collège. Il préférait l’air de la mer et des bois. Malheureusement il n’en reste plus beaucoup. Allez, venez, entrez pendant que je termine le travail et que je ferme. Plus tard, je vous emmènerai voir Maria et Anna, elles seront très surprises!
Les enfants entrèrent dans un hall ensoleillé où se trouvaient une chambre et des escaliers. En entrant dans la chambre, ils découvrirent des dessins, des peintures, des photos et des étagères remplies de libres. Tout cela appartenait au poète.
Rapidement, ils virent que d’un d’eux brillait, ils se rapprochèrent donc. C’était le livre La arboleda perdida, et Anton commença à lire:


«Dans la ville gaditane d’El Puerto de Santa Maria, à la droite d’un chemin, bordé de figuiers, qui continuait jusqu’à la mer, (…) se trouvait un lieu mélancolique plein de genêts appelé la Arboleda Perdida».
D’un seul coup, la chambre s’assombrit et une voix sortit du livre et continua la lecture. C’était la voix du poète…
«Tout là-bas était un souvenir: les oiseaux tournant autour des arbres; le vent, allant de genêt en genêt, soufflant sur des cimes vertes et hautes pour les agiter et se sentir bruyant. Tout là-bas rappelait le passé et un vieux bois d’antan. La lumière elle-même n’était qu’un souvenir de la lumière, dans ce bois dépourvu de mon sang.»
Une fois la lecture terminée, le poète leur parla:
-Allez au bois perdu de mon enfance. Cherchez parmi les genêts. C’est là que vous trouverez ce que vous recherchez. C’est un paradis de soleil et de vie. Si vous êtes attentifs, vous y verrez des caméléons identiques à ceux que je voyais. Mais vous devez être plus discrets qu’eux, qui sont des experts en camouflage.
La voix disparut et la chambre retrouva sa lumière originelle. Ils avaient déjà une piste. Un chemin à suivre. Ils étaient contents et déterminés.
La dame entra dans la chambre et leur dit qu’il était l’heure de fermer. Ils étaient fatigués et affamés. Mais où était ce lieu?
  • Madame, savez-vous où se trouve l’endroit appelé «la arboleda perdida?
  • Ah! Vous êtes enfin intéressés, non? Alors venez avec moi, ma fille Maria qui étudie près de ce lieu, vous y emmènera. En ce moment elle est avec son amie italienne qui est venue la voir. Venez, suivez-moi. Je vis près d’ici. Ceci est mon travail, je suis chargée de m’occuper de la maison natale du poète, c’est désormais une fondation.
C’était une femme jeune, aimable, habituée à parler aux jeunes. Elle était sympathique et cordiale, qualités caractéristiques les peuples du sud. Elle riait de tout, même des choses qu’elle-même disait. Pendant le trajet pour aller à sa maison, elle n’arrêta pas de parler. Elle demanda comment ils étaient venus, ce qu’ils étudiaient, pourquoi leurs parents ne les accompagnaient pas… Et même pourquoi ils étaient venus si couverts, avec la chaleur qu’il faisait, car chez elle tout le monde portait des vêtements moins «chauds».
Arthur, qui était très timide, ne sut pas quoi dire et resta muet, mais Anton s’en sortit très bien et dit qu’ils étaient en train de réaliser un projet, grâce à une bourse de recherche, et que Maria leurs avait dit par facebook qu’ils pouvaient dormir chez elle.
La femme acquiesça et répondit qu’il n’y avait plus rien à dire, ils resteraient chez elle et Maria les accompagnerait là où ils auraient besoin.
Une fois arrivés, la femme cria depuis la porte et l’appela 
  • Mariiiiiia… Viens! Regarde avec qui je suis. Ce sont les enfants que tu as connus en France, ils sont venus à l’association ce matin et ils vont rester quelques jours avec nous, le temps qu’ils fassent un travail de, je ne sais quoi, qu’ils sont en train de faire.
Maria descendit les escaliers, son amie Anna la suivait. Quand elles virent les enfants, elles n’en revenaient pas. Mais si, c’était eux, leurs amis, Arthur, de France, et Anton de Pologne, qui venaient enfin les voir.
Arthur leur raconta la nécessité de trouver un caméléon, sans pour autant leur révéler le secret de la mission.


 Ana, qui, même si elle n’était pas de là-bas, connaissait très bien l’endroit car elle venait presque chaque été voir son amie, leurs dit que ce serait très dur car la ville avait beaucoup changé et que presque tout le chemin qui mène à la mer n’est plus de pins et de genêts mais de routes, maisons, et bâtiments. Ils avaient même construit un centre commercial et maintenant les jeunes s’amusent d’avantage dans ce centre que sur le sentier de pins qui menait à la mer qui, de manière très juste, recevait le nom de «chemin des amoureux».
La jeune fille était très sensible à la beauté. Elle aimait la lecture et pendant son temps libre, elle aimait écrire. Elle collectionnait aussi les pierres précieuses, qui l’attiraient par leurs couleurs et par le mystère qu’elles cachent en étant directement liées au cœur de la Terre. Chez Anna, qui était sicilienne, on retrouvait la force et les énigmes du volcan qui siège sur son île.
Maria, en revanche, était une jeune fille audacieuse et courageuse. Elle aimait la nature et l’aventure, elle aimait faire connaissance de nouvelles personnes, découvrir leurs cultures, leurs modes de vie, et elle avait un don pour parler avec les autres. Rapidement, elle fit en sorte que les jeunes se sentent comme chez eux. Elle leur montra la maison et leur dit où ils pouvaient dormir. Elle leur parla de ses amis, du groupe écologique auquel elle appartenait, de ses inquiétudes et ses motivations. Avec joie, elle leur annonça que le lendemain ils iraient trouver ce lieu qu’ils cherchaient et qu’ils essayeraient de trouver un caméléon y que, si ils ne le trouvaient pas là-bas, ils iraient aux «Toruños», autre endroit de cette ville, qui était devenu un espace naturel protégé. L’homme prenait peu à peu conscience du pouvoir de destruction qu’il exerçait sur la nature, c’est pour cela qu’il se devait de réserver quelques espaces et les protéger de lui-même.
Arthur et Anton étaient déjà si fatigués et affamés qu’ils n’entendaient que des «bla-bla-bla…bla-bla-bla…» sortir de la bouche de Maria. Et ils pensaient, mais dans cette maison, on mange à quelle heure? D’accord nous sommes ses invités, mais il est trois heures de l’après-midi. Nous sommes des héros mais nous avons toujours un grand besoin de manger. Qu’est ce qu’ils mangent tard les espagnols!
Et enfin, la voix de la mère de Maria:
  • Les enfants, on mange!
Ils descendirent les escaliers et se dirigèrent vers un petit hall fleuri. C’est vrai qu’il faisait chaud. La table était remplie, jambon, gazpacho, croquettes, tortilla de pommes de terre. C’était des aliments rafraichissants qu’ils n’avaient pas l’habitude de manger car ils venaient de pays plus froids. Pendant qu’ils mangeaient, la mère de Maria se faisait de l’air avec un éventail et insistait constamment pour qu’ils mangent et goûtent tout, que c’était délicieux. Arthur et Anton se rendirent compte qu’ils devaient dire quatre ou cinq fois qu’ils ne voulaient pas quelque chose pour que leurs hôtes arrêtent d’insister. Cela faisait partie des habitudes, de la même manière que manger si tard et faire la sieste.
Après avoir mangé, ils se rendirent dans leur chambre pour se reposer. L’heure de la sieste était aussi silencieuse que la nuit. Si on parlait, c’était en chuchotant. Maria s’approcha pour leur dire que pendant l’après-midi, ils iraient avec ses amis au châtelet, c’est ainsi que les gens de la ville appelaient le château San Marcos, ancienne mosquée arabe, où, dit-on, est apparue la vierge et qu’un roi chrétien lui composa une chantefable en hommage.


Ils connurent les amis de Maria et Anna. Ils étaient joyeux, ils aimaient la fête, ils parlaient fort et riaient de tout. Un d’eux proposa d’entrer dans les jardins du château et c’est ce qu’ils firent. Ils restèrent tous ensemble là-bas jusqu’au petit matin. Arthur et Maria s’écartèrent un petit peu du groupe et se promenèrent. Ils partageaient le même intérêt pour la nature et la même préoccupation à propos de sa dévastation. A un moment, Arthur fut sur le point de révéler à la jeune fille la raison de son voyage, quelle était sa mission. Ce ne fut pas utile, car apparut entre les ruines le coffre dont avait parlé le vieux sage. C’était une boîte en osier, décorée de coquillages, de petites branches sèches et quelques étranges boules de fibres végétales. L’enfant fut si surpris, que la jeune fille comprit tout de suite que la boîte renfermait un secret qu’elle ne laisserait pas s’échapper. C’est ainsi que Arthur lui parla de la maladie d’un membre de sa famille, de l’étrange épidémie, du vieux sage herboriste, du secret de l’élixir, capable d’arrêter cette maladie et du voyage qu’ils avaient fait pour trouver les ingrédients.
Décidemment, Maria et son amie n’allaient pas rester en retrait, ils réussiraient ensemble. Ils commençaient dès le lendemain. Ils ne pouvaient pas perdre un seul instant. Ils prirent le coffre et s’en allèrent à la maison. Avec le coffre entre les mains, ils sentaient les battements de la nature et même si ils étaient agoniques et fragiles, en aidant la nature, ils pourraient la sauver. La nature était toujours un mystère et c’est grâce à elle-même qu’elle pourrait se sauver. Elle avait juste besoin de jeunes désireux de l’aider.
Les quatre amis sortirent très tôt le lendemain matin. Ils se dirigèrent d’abord vers la mer par ce chemin d’arbres et de genêts dont parlait le poète, mais ils ne virent que des routes goudronnées, des voitures, des bâtiments. Un paysage de grues, de camions et de bruits qui n’avait plus rien à voir avec ce qu’il était. Maria leur raconta que la plupart des caméléons furent écrasés par les voitures. C’était des animaux qui marchaient très lentement et en traversant un chemin, devenu route, une voiture passait et les tuait. Sa mère lui raconta que les derniers qu’elles avait vus étaient tous écrasés par une voiture. Moi je ne me souvenais plus quand en avais-je vu un pour la dernière fois.



Ils arrivèrent enfin à l’endroit recherché. Maintenant ce n’était plus qu’un petit parc fermé où on avait installé des toboggans et des balançoires pour enfants. Quelques pins rappelaient la forêt qui existait auparavant et il reste encore des genêts à fleurs blanches et jaunes qui parfumaient l’air. Mais ils avaient beau chercher, les caméléons ne peuplaient plus les genêts depuis bien longtemps.
  • Nous devrons aller aux Toruños, dit Maria, c’est un espace protégé. On le trouvera peut-être là-bas.


Quel endroit magnifique: les marais, la pinède, l’embouchure du fleuve sur une plage vierge, les dunes et les lagunes! Anna commenta que la première fois qu’elle est venue elle a vu des flamants dans les marais salants. Le soleil reflétait les couleurs du paysage, le ciel d’un bleu intense, le vert des pins, le jaune du sable, la variété des fleurs. Tout ceci, ajouté aux sons du vent, de la mer, des oiseaux… Là-bas, ils le trouveraient!
Dans le centre écologique de la zone, ils purent louer des vélos pour parcourir le parc. Ils parlèrent avec les responsables de la réserve pour savoir s’ils avaient vu des caméléons, le guide leur dit que même si ils essayaient de conserver l’environnement, c’était une tâche compliquée, car il était trop tard et quelques espèces étaient en voie d’extinction, comme le caméléon était désormais protégé par la loi, et qu’on mettait des amendes aux personnes qui les capturaient. Mais même ainsi, il y a toujours des personnes qui ne respectent pas la nature et qui jettent des canettes, des sacs en plastique… Ils étaient fatigués de devoir ramasser des poubelles dans le parc. Les enfants décidèrent de les aider en nettoyant la plage avec les responsables du parc.
Aucun des enfants n’avait vu un caméléon pour de vrai, ils le connaissaient juste grâce aux livres. Ils savaient ce qu’étaient leurs yeux globuleux qui regardaient dans toutes les directions, sa queue frisée, sa langue agile lorsqu’il s’agit de chasser des mouches, et surtout comment ils changeaient de couleur pour désorienter leurs poursuivants. Mais ils n’en avaient jamais vu.
Avant de partir, le gardien, en remerciement, leur offrit un petit olivier qui avait poussé spontanément d’un noyau d’olive et qu’il avait semé dans un pot.


Anna dit qu’ils voulaient l’olivier et qu’ils le planteraient comme symbole de la mission qu’ils allaient mener à bien. Ils le prendraient en rendant les vélos. La jeune fille eut besoin de raconter ses sensations et de les laisser à jamais gravées dans sa mémoire. Le soir même, elle les écrirait dans un cahier, qui ferait office de journal intime.
Ils passèrent leur journée à parcourir les marais, ils se reposèrent au soleil, en silence, en contemplant les genêts et les arbres. Ils écoutèrent le vent et la mer, mais aussi les cris d’élèves qui, accompagnés par leurs professeurs, découvraient à bord d’un petit train ce qu’était une réserve écologique.


Le soleil se couchant, le lieu était encore plus beau, teinté des couleurs du coucher de soleil il était donc compliqué de partir de ce merveilleux lieu. Surtout si en plus tu ressens que tu rates ta mission. Une vague de scepticisme et de tristesse envahit les enfants. Maria se rapprocha d’Arthur. Elle savait comment il se sentait. Il n’y avait plus d’espoir, la civilisation détruit tout. Petit à petit nous devrons nous habituer à vivre sans les belles choses du monde. Elle essaya de consoler son ami en lui disant ces choses mais la réaction d’Arthur fut inattendue:
  • Non, Maria, non ! Ce n’est pas ça, comprends-le. Ce n’est pas une histoire d’espaces réservés, ni de modes de vie, ce n’est pas une mode de l’écologique d’une poignée de fous. C’est tout le contraire, il faut mettre les choses à l’endroit et commencer à comprendre que la nature n’est pas une partie de la civilisation et de l’homme mais que c’est l’homme qui est une partie de la nature et jusqu’à ce que nous comprenions ceci, notre recherche désespérée du bonheur continuera.
Maria comprit que le problème était plus grave et que par conséquent la solution serait plus compliquée à trouver. Il fallait retourner aux origines de l’homme pour changer sa mentalité et sa conscience. C’est sûr, la vieille Europe malade devait prendre cet élixir qui la transformera et qui lui fera retrouver sa vraie humanité perdue dans la civilisation.
  • Je comprends, Arthur, ne perds pas espoir. Nous sommes jeunes et nous lutterons pour y arriver. Le futur nous appartient et nous ne nous laisseront pas vaincre.
Elle se rapprocha de lui et lui prit la main. Arthur serra fort la main qu’elle lui tendait.
  • Je connais un autre chemin! dit soudain Maria, retournons au point de départ: le Non Plus Ultra.
  • Que veux-tu dire par là? demanda Arthur
  • Oui, la clé se trouve dans ce que tu as dit! Les hommes ont dépassé les limites de la connaissance et se sont crus les maîtres du monde. Où étaient ces limites à l’époque des grecs et des romains?
  • Je ne sais pas, répondit le jeune homme.
  • Eh bien, les colonnes d’Hercule, au détroit de Gibraltar, les limites du monde connu, la dernière frontière pour les navigateurs de l’époque. Une fois le détroit dépassé, s’ouvrait un lieu inconnu plein de craintes. Si l’homme n’a pas utilisé correctement la connaissance et la science, c’est peut-être là-bas que se trouve notre salvation. Demain nous irons aux ruines romaines de Bolonia et avant, comme Ana insista, ils planteraient le petit olivier dans le parc du poète, dans le bois perdu. Elle parlerait avec Anna de sa conversation avec Arthur. Elle l’avait vue écrire un journal intime et cela lui avait paru une bonne idée de laisser un témoignage de ce qu’elle avait vécu pour le moment et de, elle en était sûre, ce qui lui réservait le destin.


La clarté commençait à s’imposer sur l’obscure noirceur de la nuit. Petit à petit, la lune laissait place au soleil. Arthur, assit sur le rebord de la fenêtre, observait, impatient, le petit coffre dans lequel ils devraient mettre les ingrédients.
-De la salive de caméléon, bien sûr! On en trouve partout …!-dit-il à voix basse, avec une pointe ironique et amère dans la voix
Il regarda vers la fenêtre, alors qu’il écoutait le rythme changeant de la respiration d’Anton. Il avait besoin de sortir, d’aller à la recherche de ce fameux caméléon, il ne pouvait plus attendre. Il se leva et se dirigea d’un pas léger vers Anton.
-Eh, Anton, réveille-toi! -Anton se retourna dans son lit- Allez, allez, on doit partir –Dans dix minutes -répondit Anton, avec une voix roque à cause du sommeil.
-Non, allez on doit partir maintenant.
Anton se leva petit à petit, pour éviter d’avoir la tête qui tourne. Arthur sourit en voyant le visage endormit d’Anton.
Qu’est ce qu’il y a? –dit Maria, qui venait de franchir la porte.
Derrière elle apparut Ana, frottant ses grands yeux marron, et baillant. Elles étaient toutes les deux drôles à voir.
-Je n’en peux plus d’attendre, Maria -dit Arthur en répondant à la question qui n’avait pas encore été posée, mais que tout le monde avait en tête- J’ai peut-être une occasion de la sauver, mais nous n’avons pas beaucoup de temps. Les personnes meurent, tu sais? Si nous ne nous dépêchons pas, tout ça n’aura servi à rien.
-Doucement, Arthur, ne t’inquiète pas. Laisse nous le temps de nous habiller et nous chercherons de nouveau -dit Anton, détendant l’atmosphère.
Une demi-heure après, le soleil brillait déjà. Les quatre enfants sortirent par la porte de derrière, en essayant de faire le moins de bruit possible. Ils cherchèrent le bus le plus proche qui les emmènerait à Bolonia.
-Je suis convaincue que vous allez adorer -dit Maria, dont la joie se voyait dans ses yeux bleus.
Arthur se motiva un petit peu en voyant le visage joyeux de son amie. Mais il ne pouvait pas effacer de son esprit la tristesse qu’il ressentait à l’idée de ne pas arriver à temps. Anton observait le paysage, qui changeait peu à peu. Des petites maisons et des champs défilaient devant ses yeux jusqu’au moment où il vit la mer, qu’il n’avait pas l’habitude de voir de si près dans son pays. C’était un paysage inouï. Aucun d’eux ne s’imaginait voir un tel paysage. Au fond, la mer, d’une eau pure et cristalline. Depuis la plage on pouvait parfaitement voir l’Afrique, car seulement 14 kilomètres les séparaient. Le téléphone portable d’Anna lui souhaita la bienvenue au Maroc. A droite, on devinait le manteau vert des cimes des pins et en son flanc, une immense dune, aussi gigantesque qu’une montagne, qui prenait racine dans la mer. Et depuis cette même plage, tu pouvais voir les colonnes d’un temple romain et ses statues. Comme une prémonition qu’ils étaient dans le bon endroit, ils virent passer par le détroit un groupe de dauphins qui nageaient vers l’océan.



  • Comment un tel lieu peut-il exister ? dit Anton, habitué à la neige de son pays, -je me sens grand, géant, comme Hercule. L’Afrique est là-bas et je peux presque la toucher, et je suis en Europe. Dans mon dos, comme témoignage muet du temps qui passe, se trouvent des ruines romaines et ce soleil, qui réchauffe, et ces arbres qui se différencient du bleu du ciel, et cette dune, immense, que le vent fait chavirer à tel point qu’elle a l’air vivante. Et en plus, il n’y a personne. La plage n’est pas urbanisée.
  • C’est que l’accès à cet endroit est compliqué, comme tu as pu le constater. Allez, on va se baigner dans la mer, lui suggéra Anna.
Ils n’hésitèrent pas, ils se dévêtirent rapidement et plongèrent dans ces eaux transparentes, dans lesquelles on pouvait voir les poissons. L’eau était très froide et les vagues étaient grandes et écumeuses. Ils se sentirent libres. Le goût salé de la mer, l’impression de petitesse qu’ils ressentaient, plongés dans cette masse d’eau vive, qui s’agitait avec les vagues. Ils nagèrent et jouèrent sans se poser de question. Ils se sentirent de nouveau comme des petits enfants.


Il était déjà plus de midi, et les intestins des enfants commençaient déjà à grogner. Ils n’étaient pas encore habitués à l’horaire espagnol. Ils ne mangaient jamais si tard. Le gargouillement d’Arthur fut le plus bruyant de tous, ce qui provoca des éclats de rire.
-C’était mon estomac, hein –dit-il gêné.
Cette affirmation provoca un éclat de rire à Maria, dont le regard était figé sur Arthur, sans pouvoir penser à autre chose. Ses yeux étaient aussi profonds que la mer, et aussi brillants que les étoiles. C’était si...
-La terre appelle Maria, tu me reçois? –lui dit Anna, la sortant de ses rêves.
-Eh, quoi? -dit Maria, qui sentait qu’elle rougissait.
-Tu as amené à manger? -demanda Anna, avec un sourire complice.
-¡Ah, oui! Une seconde –repondit-elle, se tournant pour chercher dans s apetite valise verte- C’est là! –dit-elle joyeusement.
Elle repartit un petit tupperware à chacun, avec des couvercles de différentes couleurs, et dans lequel il y avait quelque chose de marron doré. En ouvrant le tupperware et en sentant, de la bouche d’Arthur sortit un petit cri de plaisir.
-Ca sent bon! –dit-il émerveillé alors qu’il le prenait pour goûter- Hum... c’est quoi?
-C’est un bifteck pané. Hier ma mère m’en a laissé quelques-uns préparés pour aujourd’hui, et avant de sortir, j’ai décidé d’en prendre.
Personne ne parlait alors qu’ils mangeaient. Parfois, Maria regardait Arthur, et s’il s’en rendait compte, elle se retournait et rougissait de nouveau.
Quelques heures plus tard, le soleil commençait déjà à se coucher. Ils se promenaient au bord de l’eau, pendant que Maria leur racontait des histoires de son enfance, qu’elle allait avec sa famille à cette plage où elle jouait dans l’eau jusqu’au crépuscule.
-On mangeait des sandwichs de tortillas...
- Et des biftecks panés? L’interrompit Anton
-Oui, des biftecks aussi –répondit Maria enchantée à l’idée qu’Anton ait tant apprécié la nourriture préparée par sa mère.
Pendant qu’ils se promenaient, Ana regarda une pierre, où était gravé quelque chose. La jeune fille s’arrêta, appelant les autres.
-Que se passe-t-il? –Demanda Maria préoccupée.
-Venez, je crois que j’ai trouvé quelque chose! -dit Anna
La pierre était usée et moisie. Malgré tout, les lettres étaient parfaitement déchiffrables. Avec précision et fermeté, quelqu’un avait écrit dessus:



Chers voyageurs:

Le voyage a été compliqué, et il sera dur, mais vous ne devez pas regarder derrière, car tout travail a une récompense. Vous devrez passer par beaucoup d’autres lieux, et vous vivrez des aventures insoupçonnées, mais maintenant je vous dis seulement qu’au plus haut point, vous trouverez le cœur de Bolonia, et avec lui, la raison de votre présence ici. Et souvenez-vous: tout peut s’accomplir si le rêve est possible.

A votre service:

Un humble serviteur



-Que veut-il dire par “le point le plus haut”? -dit Maria perplexe

Anna commença à regarder autour d’elle. Le point le plus haut. Le cœur de Bolonia. Notre objectif... Il était clair pour elle que lorsqu’il parlait d’objectif il se référait au caméléon, et à propos du point le plus haut, et bien, logiquement, il se référait à un lieu élevé, sûrement, la dune. Mais, le cœur de Bolonia? Elle ne comprenait pas cette partie. Elle continua à regarder autour d’elle. L’amphithéâtre? Le musée? Son regard se dirigea, sans qu’elle ne s’en rende compte, vers les dunes, et en levant les bras, elle commença à courir, en criant:
-Suivez-moi les amis, je sais où c’est!


Et elle partit en courant en direction de la montagne de sable Le sable brûlait les pieds, ce qui fit qu’ils se dépêchèrent toujours plus. Parfois ils glissaient vers le bas, comme si tu étais en train de monter un escalator en sens contraire. Ils rigolèrent beaucoup tous les quatre à cause de cette drôle de sensation.
Au final, Anton fut le premier à atteindre le sommet et s’assit en attendant ses amis. Il voulut faire une blague à Ana en faisant semblant de la pousser pour qu’elle tombe tout en bas mais lui-même se chargea de l’aider pour qu’elle ne tombe pas. Ils rigolèrent beaucoup de cette blague.
Ils étaient enfin arrivés au sommet, après cette divertissante ascension. Anton s’assit près d’Anna, observant le paysage qui les entourait désormais. Même si la lumière s’assombrissait, le paysage s’illuminait de lui-même. Entouré par des montagnes et la mer, qui brillait majestueuse devant lui, Anton décida qu’il ne pourrait pas mourir avant de revenir dans cet endroit. Arthur fut incapable de s’asseoir, ni de contempler le paysage. Il regardait des deux côtés, sans être capable de trouver quelque chose. Une grotte, un arbre, n’importe quoi. Rien, il n’y avait rien.


La nuit était enfin tombée sur la plage froide de Bolonia. Maria voulait partir, mais Arthur ne voulait pas. “S’il te plait, Maria –avait-il dit- ceci est très important pour nous tous, nous ne pouvons pas partir comme ça, les mains vides. S’il te plait, sois confiante, ne perds pas espoir. Mais le froid commençait à le faire trembler et ses dents claquaient.
- Tu as froid? –lui demanda Arthur.
-Oui, dit Maria à mi-voix

Arthur serra alors Maria dans ses bras, elle qui sentait à quel point ses joues rougissaient. Elle remercia l’obscurité de la nuit qui empêchait à Arthur de voir son visage. Elle décida de ne pas bouger, de rester comme ça, dans cette position, entre ses bras, c’était une offre du destin qu’elle ne pensait pas refuser.
Deux heures de plus passèrent. Le froid torturait toujours les enfants, mais ils ne pouvaient pas se laisser vaincre. Tout d’un coup, derrière quelques genêts, on entendit un bruit, et les branches commencèrent à bouger. Les quatre se levèrent en même temps, dans un mouvement presque comique. D’entre les genêts sortit le visage familier du vieil arboriste.
-Je vois que vous avez eu du mal à arriver jusqu’ici, mais j’ai apprécié votre détermination, et votre loyauté. J’ai ici la dernière épreuve. Derrière moi va s’ouvrir une porte, qui vous conduira, par le biais d’un passage secret, au cœur de Bolonia. Le caméléon est là-bas. Bonne chance!

Et comme il est arrivé, le vieillard s’en alla. Les enfants avancèrent sans parler. L’intérieur du passage était obscur et humide. Les racines couvraient le plafond, du sable et des insectes tombaient. Plusieurs fois, des insectes tombèrent sur Anna, provoquant quelques petits gris de dégout. A chaque pas qu’ils faisaient ils pénétraient de plus en plus dans l’obscurité.
Après avoir parcouru une longue distance une lumière commença à briller devant leurs yeux. Ils commencèrent à courir, soulagés de pouvoir voir. Ils arrivèrent dans une grande ferme, où les mêmes racines qui, avant les avaient horrifiés, les émerveillaient désormais. La lumière venait du centre de la ferme, ou se trouvait un énorme être vert, avec des yeux exorbités, énormes, et dont le regard était triste. Sa peau pleine d’écailles, sa longue queue qui se dressait droit, avec un petit cercle au bout. Ils étaient devant le caméléon.
De plus, sortaient des racines et toujours plus de racines, qui se rejoignaient sur les murs de la ferme. De certaines, poussaient de petites fleurs, dont les fruits n’étaient ni plus ni moins que de la lumière. Ils comprirent alors:


-Le cœur de Bolonia-dit Ana d’une voix triste.
-Mon Dieu –murmura Maria- il est énorme…
-Oui, il est énorme -dit Ana, en mettant sa main dans son sac- Il va mourir! Il languit! Il est épuisé, son cœur bat lentement!

Elle sortit de son sac un petit flacon en verre que lui avait donné le vieux sage, dans le dos des autres, quand ils sont entrés dans la grotte. Elle se rapprocha de lui sans peur. Quand elle se trouva face à lui, ils se regardèrent dans les yeux. L’animal ouvrit la bouche et un filet de bave sortit. Cet instant fut magique. Anna comprit l’animal et se dépêcha d’ouvrir le coffre pour que la bave coule dedans.

C’est alors que la lumière du caméléon brilla toujours plus, les laissant aveugles. A l’intérieur de leurs esprits, ils entendirent la voix du vieillard disant:

“Vous avez accompli la dernière épreuve. Vous avez été très courageux, et vous vous êtes dépassés. Ana, tu as été capable de voir plus loin que personne. Anton, Arthur, Maria ne croyez pas que je ne vous ai pas observés. Vous avez été courageux en ayant confiance en votre objectif et en même temps, fidèles à vous-mêmes. Vous avez terminé votre mission en Espagne. Nous nous reverrons très vite”

La voix disparut en même temps que la lumière aveuglante, et les jeunes apparurent en haut de la dune. Il commençait à faire jour, et les premiers rayons de l’aube bourgeonnaient sur la mer. Ana regarda sa main. Dans celle-ci, se trouvait un petit flacon en cristal, avec un bouchon en liège, et dans lequel se trouvait un liquide brillant et collant qu’elle se dépêcha de mettre dans le coffre. Un sourire se dessinait sur son visage.
-Nous avons réussi! –cria-t-elle en levant la main.

Les autres l’imitèrent, criant de joie, et levant les mains en l’air. Ils avaient réussi! Ils avaient dans le coffre le premier ingrédient de l’élixir. Et maintenant, quoi? Ils étaient tous d’accord: A dévaler la dune!


La nuit tombait déjà, ils rangèrent tout ceci dans les sacs et dévalèrent. Ils faisaient des tours vers le bas mais se sentaient entourés par quelque chose de plus que par du sable. Quelque chose qui prenait de la vitesse, comme une spirale qui les emmenait au loin.
En effet, ils avaient trouvé la manière de se transporter dans le pays suivant où ils devaient continuer la recherche des autres ingrédients de l’élixir.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire